Vendin-lez-Béthune : pour aider son fils et tous ceux en surpoids, une maman crée SOS Obésité 62

Le jour de sa naissance, Martine a compris que quelque chose clochait avec son petit Mathieu. 4 kilos, 52 cm mais «  il avait un double menton et des plis de graisse au ventre.  » Un bébé potelé, trop au sens de celle dont la belle-famille pâtit à chaque génération d’obésité. « Les médecins m’ont dit qu’il mincirait en grandissant.  » Elle n’y croit pas et, tout de suite, décide de noter la progression du poids du bébé. «  Dès 3 ans, il prenait de 4 à 6 kilos par mois !  » 

La faute à la génétique ? Elle suppose que oui mais Mathieu n’a jamais fait le test. «  Il faut faire une lettre de motivation parce que ça coûte cher. Un jour un professeur m’a dit : à quoi bon puisqu’il n’y a pas de traitement ?  » Mais Martine voudrait comprendre. Les gênes sont une chose, les cachets une autre, comme la cortisone que son fils a prise à cause de bronchites à répétition. Le déclencheur d’un emballement métabolique ?

Mac Do, une fois par mois, pas plus

Leur quotidien, c’est de lutter contre chaque kilo supplémentaire. Les ateliers diététiques ? Ils ont essayé. «  Mais c’était de la frustration alimentaire. Je l’entendais toujours dire «J’ai faim».  » Ce qu’elle n’a jamais trouvé, c’est un accompagnement sur le long terme. Alors elle l’a inventé. Mathieu a 11 ans et c’est un pré-ado heureux. «  Depuis ses 3 ans il a une alimentation équilibrée mais sans privations. Une fois par mois, c’est Mac Do ou Quick.  » Le reste du temps, plus qu’une maman, Martine est une vigie. Elle sait tout, voit tout : le moindre biscuit envolé, le plus petit yaourt qui manque à l’appel... Et les pubs à la télé, aïe aïe aïe ! «  Il a le réflexe, il change de chaîne !  »

La plancha, rien d’autre

«  À la maison, on ne cuisine qu’à la plancha, aucune matière grasse !  » Le soir, c’est soupe et yaourt pour Mathieu, qui ne se plaint jamais. «  Il a l’habitude d’une alimentation équilibrée.  » Ça lui est arrivé de changer d’école car à son âge, les gosses sont souvent cruels. Mais il a fait face et depuis qu’il s’est mis au basket et à la boxe, il s’éclate. «  Il sait qu’il ne fait pas régime. Il fait 68 kilos pour 1,55 m. Un médecin m’a dit que sans tout ça, il serait dans un fauteuil roulant.  »

C’est pour Mathieu que Martine a créé Obésité 62. Mais pas que. Son rêve, c’est d’aider tous ceux, enfants et adultes, en mal-être et en quête de conseils. C’est Mathieu qui a dessiné le logo. Travail d’équipe.

 

ZOOM : POUR REJOINDRE L’ASSOCIATION

L’association : Obésité 62. Elle est parue le 16 décembre au Journal officiel. Elle rayonne pour l’instant sur le Béthunois mais rêve de voir plus grand.

À quoi elle va servir ?. L’objectif de la présidente, du secrétaire Michel Benteyn et des premiers membres, c’est «  d’aider les personnes, de tout âge, en surcharge pondérale. On voudrait faire une sorte de recensement et les aider sur le long terme en leur donnant des conseils et en les orientant vers les bons interlocuteurs du corps médical. On ne les remplace pas évidemment !  » Ils voudraient que les politiques prennent conscience de la situation et appuient en faveur de politique de recherche. Il y aura des permanences sur le secteur, des ateliers sur l’éducation alimentaire ou la lecture des étiquettes, des groupes de parole... Tout ceci gratuit.

Contact. Un site web (en cours de création) : www.sosobesite62.fr. Ou 07 82 26 07 33.

 

ZOOM : L’AVIS D’UN MÉDECIN

L’obésité dans la région, c’est un fléau ?

«  Oui, on est dans un croissant qui va de la Bretagne à l’Alsace-Lorraine. C’est allé en augmentant ces 40 dernières années. Pour les enfants, c’est 15 % de plus dans la population. Chez les adultes, c’est de 5 à 10 % de plus, et de 6 à 10 % de plus chez les femmes. Pour un homme, le risque élevé de complications (diabète, AVC, accident cardiovasculaire...), c’est au-dessus de 102 cm de tour de taille, et de 88 cm chez les femmes. Les causes sont multiples. Il y a la génétique mais souvent, elle est liée à l’environnement : la sédentarité, la malbouffe... Ça coûte cher de manger des fruits et légumes.  »

Comment appréhender l’obésité ?

«  Les enfants, les médecins les voient en consultation. Il faut absolument calculer l’indice de masse corporelle. La Sécu nous sensibilise beaucoup ; chez les jeunes, les conséquences sont plutôt d’ordre psychologiques. Les adultes, eux, peuvent avoir tendance à s’isoler, il faut absolument qu’ils fassent le premier pas sinon ça ne marche pas. Maigrir, ça va, le plus difficile, c’est l’accompagnement sur le long terme, pour stabiliser le poids sans tomber dans le piège des régime yo-yo.  » 

Pourquoi rejoindre Obésité 62 ?

«  On y trouvera des conseils appropriés, sur l’alimentation, l’activité physique..., et ce sera un relais efficace. C’est un bon coaching au sein d’une association : pour beaucoup, ce sera sans doute plus facile de parler, il n’y a pas ce côté «médicalisé».  »

 

 


Vendin-lez-Béthune : avec SOS Obésité 62, ils et elles recroquent la vie à pleines dents

Benoît a 26 ans. Verquinois, il cherche du travail mais samedi, l’heure est à la détente : il est venu à la salle Jaurès partager le goûter de Noël de l’association SOS Obésité 62. Benoît, les kilos, ça le poursuit depuis l’adolescence. Pas une histoire de famille, «  ils sont tous minces. C’est venu comme ça  ». Sûrement un peu parce qu’il mangeait gras. « Des steaks hachés, des frites, j’avais du mal à varier.  » Le regard des autres, il a appris à s’en moquer. «  J’étais un peu triste mais j’avais des amis, je sortais  » ; au moins, le repli sur soi, il n’a pas eu à l’endurer. Des régimes, il en a essayé « trois ou quatre. J’ai vu des médecins, qui m’ont dit de varier, de manger plus de poisson..., mais j’avais du mal, alors ça ne marchait pas.  »

« Bien dans mon corps »

SOS Obésité 62 ? «  C’est une amie qui m’en a parlé.  » C’était il y a six mois et depuis, Benoît a la nette impression d’avoir changé de vie. «  J’étais motivé, ça a été un déclic. J’ai perdu plus de 30 cm de tour de taille.  » En kilos, c’est plus difficile à estimer : «  J’ai perdu du poids mais j’ai gagné du muscle, je fais de la boxe 3 heures par semaine, au 8 Ter, et une heure de piscine avec l’asso.  » 

Sans complexes. Résultat : «  Je vois la différence, ça donne le sourire ! Je me sens mieux dans mon corps et dans ma tête.  » Pas de régime pour Benoît : la diététicienne «  m’a expliqué comment varier sans me priver. Je mange des frites tous les 10 jours, je fais des grillades ou je cuisine au beurre et je bois de l’eau. Ce n’est pas un régime, c’est un rééquilibrage alimentaire  », c’est pour ça que ça marche. Ça et l’effet de groupe : «  On se parle beaucoup !  »

« Je n’ai plus peur du regard des autres »

Le ressenti est le même quelques tables plus loin. Rires au menu, en plus des gâteaux faits maison. Pourtant, Cathy et Isabelle ne se connaissaient pas deux heures plus tôt ! Cathy ? Une belle femme gironde, 46 ans, Beuvrygeoise.

Elle, ses kilos en trop sont aussi hérités de l’adolescence. Rien à voir non plus avec l’hérédité. Le déclencheur, elle en est sûre, c’est un décès et un écueil dans sa vie. «  C’est psychologique. Et je saute trop souvent des repas.  » Elle a testé des régimes payants, ça a marché mais pas dans la durée, elle a vu des psys. «  Rien n’y a fait. Pourtant je sais quoi changer : je ne mangeais pas assez de fruits et de laitages, et pas au bon moment !  » 

Avec SOS Obésité 62, elle marche et ça, c’est inédit. «  Je vais aussi à la piscine, je n’ai plus peur du regard des autres. Chez le coiffeur, je ferme les yeux, alors imaginez...  » Depuis mars, elle a dompté son assiette et sa montre. «  Et avec le sport, je me sens bien. L’avantage de l’asso, c’est qu’on ne peut pas se laisser aller : la présidente nous booste ! Pareil sur Facebook : si l’un ne va pas bien, les autres sont là.  »

Contact : SOS Obésité 62, 07 82 26 07 33. Cotisation : 35 € l’année.

ZOOM : FAUT-IL OU PAS CRÉER UN NOUVEAU RÉSEAU ?

SOS Obésité 62 a soufflé sa première bougie début décembre. Martine Deleserre, sa fondatrice et présidente, suit 150 adhérents à ce jour, soutenue «  par une douzaine de bénévoles  ». Des gens du Béthunois, d’Arras, de Lens... «  On a remis 80 personnes en piscine, les marcheurs se donnent rendez-vous...  » En un an aussi, l’association s’est attiré des soutiens politiques, de Cécile Bourdon, ex-vice-présidente du conseil régional au député Stéphane Saint-André. C’est que l’obésité est un fléau régional, aux conséquences sanitaires évidentes : maladies cardiovasculaires, diabète... 

Quel avenir pour l’association ? Un an, c’est un tournant. En ce moment, Martine Deleserre voudrait trouver un local et convaincre la CPAM de rembourser la consultation avec la diététicienne : 30 €. «  Quand les gens ne peuvent pas, c’est l’asso qui paie, on a déjà dépensé plus de 1 000 €. J’ai dit à la CPAM quelles économies on faisait en évitant les maladies.  » Martine Deleserre ne lâche rien. « Les doigts dans la prise tous les matins  », comme dit le maire.

 

M. Deleserre rêve de créer un réseau.
M. Deleserre rêve de créer un réseau.

 

Pourtant, elle ne s’est pas fait que des amis. Très remontée contre la chirurgie bariatrique, elle s’attire des critiques. Dangereuse, SOS Obésité 62 ? Non, assure une éminence en matière d’obésité, le Pr Monique Romon, chef du service nutrition au CHU de Lille, et coordinatrice du réseau OSEAN (Obésité Sévère de l’Enfant et de l’Adulte en Nord/Pas-de-Calais), qui l’a rencontrée. «  C’est une personne dynamique mais elle écoute peu les autres... Elle peut faire des choses très bien, les associations de patients sont très importantes mais elles doivent se fédérer, en lien avec le milieu médical pour être encore plus efficaces. Un patient peut avoir besoin d’un suivi psychologique, d’un reconditionnement avant de se remettre à l’activité physique..., il peut exister des troubles du comportement alimentaires, de l’apnée... difficiles à cerner.  »

Le rêve de Martine ? Créer son centre à elle, «  pour une prise en charge globale  ». Le Pr Romon soupire. «  Pourquoi créer un nouveau réseau alors qu’il en existe déjà auxquels elle peut apporter son dynamisme ? L’union fait la force, il ne faut pas dire je, mais nous.  » À suivre.